Bochra Fourti : Raconter nos héroïnes pour réécrire la mémoire

Bochra est née d’une question intime : raconter l’histoire des femmes arabes et amazighes pour contribuer à réparer la mémoire collective. Elle propose des récits à la croisée du podcast et de la littérature jeunesse.

ART / CULTURE

3/11/20263 min read

Raconter les femmes arabes pour transmettre une mémoire vivante

Tout commence pendant la pandémie de Covid-19. Confinée chez elle avec sa fille de quatre ans, Bochra se met à réfléchir à des questions qu’elle ne s’était jamais vraiment posées jusque-là : comment transmettre une culture ? Que restera-t-il de cet héritage pour la génération suivante ?

« Si elle se base uniquement sur ce qu’elle voit dans certains médias dominants, ce ne sera pas très positif. Pourtant, ce que j’en connais est bien plus riche. »

De cette inquiétude naît l’envie de raconter d’autres histoires. Des récits qui rendent justice à la diversité et à la complexité des parcours.

« C’est un projet de réparation et de résistance, en quelque sorte », dit-elle. Une manière de préserver une mémoire et d’affirmer que ces histoires comptent.

Du podcast aux livres pour enfants

À l’origine, le podcast Heya - dont Bochra est la fondatrice devait rester un projet intime. Quelques épisodes enregistrés pour sa fille, afin qu’elle découvre des parcours de femmes qui lui ressemblent et échappent aux clichés.

Mais très vite, une autre question surgit : l’enfant n’écoutera probablement pas ce podcast avant plusieurs années. Or, la construction de l’identité commence bien plus tôt.

Elle décide alors d’écrire des livres destinés aux enfants, consacrés à des figures féminines marquantes de l’histoire du monde arabo-amazigh. L’objectif : « planter une graine ».

Ces livres sont bilingues arabe/français et accompagnés d’audios en français et en darijas tunisienne, marocaine, algérienne et palestinienne.

Offrir des héroïnes dans lesquelles les enfants peuvent se reconnaître.

Ce travail répond aussi à un constat personnel. « Je connaissais certaines de ces histoires, mais mal. Et si moi je ne les maîtrise pas, je ne pourrai pas les transmettre. »

L’exemple d’une pionnière tunisienne

Pour son premier livre, le choix d’une figure s’impose presque par hasard. En Tunisie, lors d’un déjeuner avec des enfants, elle leur montre un billet de dix dinars.

Sur ce billet figure la médecin et pionnière féministe Tawhida Ben Cheikh. Elle demande aux enfants s’ils savent qui elle est. Personne ne répond. L’un pense même qu’il s’agit d’un homme.

« À ce moment-là, j’ai compris l’urgence de raconter cette histoire. »

La figure de Tawhida Ben Cheikh s’impose alors comme une évidence : une femme tunisienne, présente dans le quotidien de tous, mais dont l’histoire reste méconnue.

Raconter ces histoires permet aussi de rappeler une réalité souvent ignorée : les mouvements féministes existent depuis longtemps dans le monde arabe.

« Ils ne viennent pas seulement d’Occident. Ils ont aussi une histoire locale, portée par des femmes arabes visionnaires. »

Transmettre ces récits, c’est rappeler une chose essentielle : les générations futures ne partent pas de zéro. D’autres femmes, avant elles, ont parlé, résisté, créé et transmis.

Et à leur tour, elles pourront prendre la parole.